Crânes

J’ai terminé le livre 4 d’Hérodote le jour où on a annoncé la mort d’Uderzo (24 mars 2020).Ce soir là, j’ai relu Astérix et les Normands, ce qui est naturel pour quelqu’un qui vit en Norvège. Comme chacun sait, les Normands passent leur temps à boire du calva dans le crâne de leurs ennemis. Cette coutume (les crânes, pas le calva) n’a rien à voir avec les Normands ou Vikings, mais est directement inspirées des mœurs des Scythes décrites par l’historien grec dans le livre que je venais de finir (4.65).

Il commence par raconter (4.64) que les Scythes scalpent tous les ennemis qu’ils ont tués, qu’ils assouplissent les peaux et s’en servent comme de serviettes (χειρόμακτρον), qu’ils les portent accrochés à la bride de leur cheval et qu’ils sont honorés en fonction du nombre de “serviettes” qu’ils exhibent ainsi.

En outre, ils réservent un traitement spécial aux têtes de leurs pires ennemis, leurs “ennemis intimes”. Ceux-ci pouvaient, bien sûr, être membres d’une tribu ennemies, mais aussi être des proches avec lesquels ils avaient une vendetta, avec qui ils étaient fâchés à mort, au sens propre du mot. Ils sciaient la calotte cranienne à la hauteur des sourcils et la nettoyait. Puis, les moins riches, tendaient simplement à l’extérieur une peau de bœuf non tannée (pourquoi “non tannée” ?), tandis que les riches recouvraient l’intérieur d’une couche d’or et l’utilisaient comme coupe à boire. Ceci est tout le contraire des “Normands” d’Astérix, qui ne gardent que la partie inférieure du crâne : on se demande bien comment ils auraient pu la rendre étanche, mais c’est plus pictural.

Cette coutume n’était pas unique aux Scythes. Dans la grotte de Gough, en Angleterre, on a retrouvé trois calottes craniennes vieilles de 15 à 12000 ans, dont la découpe donne à penser qu’il s’agissait déjà de crânes transformés en coupes (je fais confiance aux spécialistes).

Crâne de la grotte de Gouph dans le Somerset, en Angleterre (Wikimedia Commons)

Même au cours de périodes plus récentes, de telles histoires courent encore. Par exemple, selon le récit d’un historien byzantin, au XIIIe siècle, une fois que Baudouin de Hainaut, devenu empereur latin de Constantinople, fut vaincu par le tsar Kalojan de Bulgarie, son crâne fut transformé en coupe à boire. Mais de telles histoires sont clairsemées, liées à des inimitiés particulièrement farouches, et ne représentent pas des coutumes aussi répandues que celles que décrit Hérodote pour les Scythes. Il exagère peut-être mais, une fois de plus, son récit est tout à fait vraisemblable, au moins dans ses grandes lignes.

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