Hardis navigateurs

Image 1 - Charlie Hebdo nº 164 of 7/01/1974; tabarly; I still! for france

Lorsque j’étais jeune, il y a très longtemps, chaque semaine j’achetais “Charlie Hebdo”, celui de la grande époque, avec des dessins de Reiser, Cabu et Wolinski. En 1974, Tabarly démâta au cours d’une course, mais continua tant bien que mal, ce qui lui valu ce dessin moqueur, bien sûr, mais qui, r´étrospectivement, est aussi un hommage.

J’avais complètement oublié cette couverture lorsque, lisant L’histoire véridique (Ἀληθῆ διηγήματα) de Lucien de Samosate, je tombai sur le paragraphe suivant (2.45) :

“μετ᾽ ὀλίγον δὲ καὶ ἄνδρας εἴδομεν καινῷ τῳ τρόπῳ ναυτιλίας χρωμένους: αὐτοὶ γὰρ καὶ ναῦται καὶ νῆες ἦσαν. λέξω δὲ τοῦ πλοῦ τὸν τρόπον ὕπτιοι κείμενοι ἐπὶ τοῦ ὕδατος ὀρθώσαντες τὰ αἰδοῖα — μεγάλα δὲ φέρουσιν — ἐξ αὐτῶν ὀθόνην πετάσαντες καὶ ταῖς χερσὶν τοὺς ποδεῶνας ‘ κατέχοντες ἐμπίπτοντος τοῦ ἀνέμου ἔπλεον.”

Ce qui signifie : “peu après, nous vîmes des hommes qui utilisaient une méthode nouvelle de navigation : ils étaient à la fois les matelots et les navires. Telle était leur façon de naviguer : ils étaient allongés sur le dos à la surface, érigeant à la verticale leur membre viril — qu’ils avaient très grand — auquel la voile était attachée et qu’ils tenaient déployée pour prendre le vent, tendant les câbles avec leurs mains : ainsi ils navigaient.”

On pourrait croire que Reiser s’est inspiré de ce passage, mais je ne sais pas s’il connaissait Lucien… Peut-être faut-il simplement dire : “les grands esprits se rencontrent !”

Cette Histoire véridique, complètement farfelue, raconte un voyage burlesque dans l’océan Atlantique, à l’ouest des Colonnes d’Hercule, et on sait qu’elle a directement servi d’inspiration à Rabelais pour le Tiers livre et les deux suivants. Par ailleurs, il décrit un voyage sur la Lune (le bateau est enlevé par un tourbillon) qui a donné des idées à l’évêque anglican Francis Godwin pour The man on the Moone, paru en 1638, repris à son tour par Savinien Cyrano de Bergerac dans L’Histoire comique des États et Empires de la Lune, paru en 1657. On voit que la postérité de ce petit roman peu connu est considérable (Lucien vivait au deuxième siècle de notre ère, dans un Proche-Orient toujours de culture hellénistique, même s’il faisait partie de l’empire romain).

Malheureusement, nous n’en saurons pas plus sur ces intrépides navigateurs : Lucien passe immédiatement à la description d’hommes qui voyagent sur des sortes de chariots de liège attelés à des dauphins, et ainsi de suite. Ceci est caractéristique de l’auteur qui a, au bas mot, trois ou quatre idées loufoques par page, mais ne les développe pas. Ce petit roman est comme un réservoir d’idées qui seront reprises par d’autres : Rabelais, Cyrano de Bergerac, Reiser peut-être : pas mal !

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